Après les obsèques, le retour à la vraie vie….surtout pour les autres. Pour nous, c’est plus difficile. C’est fatiguant de devoir toujours prendre sur soi, faire semblant, mais c’est également fatiguant d’accepter de passer des moments joyeux. Retourner au boulot, croiser les collègues, affronter leur regard,…au boulot aussi, il y a eu une grande vague de solidarité mais du coup ça a rendu difficile le retour. Au début, j’avais l’impression que quand on me regardait, on ne pensait qu’à ce que j’avais vécu. Se remettre dans le travail, penser à autre chose m’a été indispensable. De toute façon, quand quelque chose n’allait pas, m’occuper à 200% à toujours été mon remède.
A la maison, c’est plus difficile. On sent le vide à table, on n’ose plus monter dans la chambre qui était la sienne. J’ai rapidement fait le tri, donner, garder dans des cartons les souvenirs, afficher des dessins, des souvenirs. Plus les jours passent, et moins on en parle . J’ai du mal à savoir ce que ressentent les enfants. La petite s’exprime beaucoup, les garçons presque pas. Ils ne souhaitent pas non plus m’accompagner au cimetière. Je leur propose mais les laisse libre. Ils sont suivis tous les deux. Moi j’ai arrêté. Je pense qu’il faudra que je reprenne. Pour le moment, ma manière de résister, c’est d’enfermer tout ça dans un coin de mon cerveau quand ça ressort mais je sais qu’à un moment il faudra que je l’affronte. J’ai encore trop d’images qui me reviennent en tête. Quand je pense à mon fils, la 1e image qui me vient, c’est lui dans son sweat jaune qu’il avait le jour de l’accident, c’est lui dans mes bras quand je l’ai ramené auprès de son père. J’aimerais plutôt avoir une autre image en tête, celle de lui souriant, plein de vie.
Au début, il était difficile de se projeter. On vivait au jour le jour puis rapidement et ça a fait du bien, je me suis projetée dans les vacances à réorganiser, quelque sorties. Le long terme est beaucoup plus compliqué. Ça peut paraître surprenant mais j’ai eu besoin très rapidement de recommencer à vivre presque normalement, à sortir, voir mes amis, travailler. Curieusement, même conduire que je redoutais tant, j’ai pu le faire sans trop de problème. Par moment, je culpabilisais de vivre aussi joyeusement et naturellement malgré ce deuil. Et pourtant que faire d’autre ? J’ai beau m’occuper, vivre , je pense sans arrêt à eux et en particulier à mon fils. Un double deuil, c’est compliqué. Je culpabilise d’être plus triste par rapport au décès de mon fils, j’ai l’impression que la perte de mon mari passe au second plan…mais quand on est mère, perdre son enfant, c’est le plus cruel..
Tout le monde me dit que je suis forte, qu’il m’admire… Par certains côtés, ça me fait plaisir, j’ai toujours aimé ce côté femme « forte » mais ça m’enferme aussi. Je n’ose pas tirer la sonnette d’alarme quand ça va moins bien. Et de toute façon, beaucoup auraient réagi pareil. Tant qu’on n’y est pas confronté, on ne sait pas comment on ferait. Pour le moment, je tiens debout, je continue à avancer…mais pour combien de temps ? Je sais que le processus de deuil est long et semé d’embûches. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le plus dur à accepter, c’est que la vie ne sera plus jamais la même et que même si bien sûr on continuera notre chemin, on sera de nouveau heureux, il y a aura toujours ce manque, ce sentiment d’être incomplet, que quelques uns manquent à notre bonheur.