Coup de blues

Je le savais…les hauts, les bas…le mois d’octobre n’est pas la meilleure saison. Depuis quelques jours, je me sens fatiguée physiquement mais surtout mentalement. Je commence à fatiguer de tout gérer à la maison (et pourtant les aînés sont grands) , gérer les problèmes de parents âgés et malades, gérer le ras le bol ou la tristesse des proches, gérer des questions sentimentales. Je n’arrive même plus à pleurer tellement je suis las. Je voudrais mettre mon cerveau sur pause ou bien revenir 6 mois avant…on s’apprêtait à partir pour une super semaine de vacances…jamais je n’aurais imaginé en être là aujourd’hui. J’aimerais partir loin de tout, oublier tout .

Demain est un autre jour…le sourire et l’envie va revenir. Il faut accepter encore et toujours ces moments.

Les amis

Après l’accident, mes amis proches ou lointains ont été très présents que ce soit physiquement, par des messages, des attentions… Leur soutien a été très précieux et j’ai vraiment senti avoir été portée par eux. J’ai été surprise de la présence de certains parfois ami plus lointain.

Et puis, les semaines ont passé, les vacances d’été sont arrivées et forcément chacun a repris sa vie ce qui est bien normal. Mais la mienne et celles de mes enfants ne reprendra jamais comme avant. J’avoue avoir été déçus de certains. Je ne leur en veux pas car moi même j’ai certainement dû mal faire moi même avec des proches qui ont connu un deuil.

Par exemple, j’aime bien le week-end voir du monde car quand je reste seule tout un weekend, j’ai tendance à gamberger. Je propose à des amis avec qui on a l’habitude de se voir régulièrement et ils me disent qu’ils n’ont rien de prévu ce week-end mais qu’ils veulent en profiter pour se reposer et qu’on se verra celui dans 3 semaines. Je comprends mais ça m’a fait de la peine, je pense qu’ils n’ont pas réalisé que ce n’était pas juste pour passer un bon moment mais parce que j’avais besoin de soutien. Également, rare sont les amis ou même la famille qui me demandent ouvertement comment je vais, la plupart élude le sujet, certainement pour me protéger, mais moi, j’aimerais parfois qu’on me le demande et que je puisse parler de ce manque, de ma tristesse certains jours, du poids par moment….

Et puis il y a ceux qui se révèlent, ceux qu’on ne pensait pas qu’ils seraient aussi attentifs mais c’est un peu plus rare.

Le manque

Les semaines passent et le manque s’accentue. On dit que le temps est le seul moyen d’apaiser la blessure, parfois je doute. Revoir leurs photos et surtout celles de mon fils, c’est difficile. J’aimerais tant pouvoir le serrer dans mes bras, au moins le revoir une fois pour lui dire au revoir.

La brutalité de cette séparation est vraiment difficile à accepter.

Bien sûr, au quotidien, j’arrive à vivre, à travailler, à avancer mais il n’y a pas une journée voire une heure sans que j’y pense. Son insouciance, ses réflexions, ses câlins, … difficile de ne plus les avoir. Quand je passe devant le collège dans lequel il aurait dû rentrer en septembre, je ne peux m’empêcher de me demander comment il y aurait évoluer, est ce que cette liberté de collégien lui aurait plu ? Ces derniers jours, je suis remontée dans sa chambre, cette pièce désormais en partie vidée mais qui me rattache encore à lui.

Il y a des jours avec et des jours sans… En ce moment , ce sont plutôt des jours sans…

Realiser

Parfois, je me demande si je réalise ce qu’il m’arrive. Ne suis je pas dans un certain déni ? J’ai bien compris qu’ils étaient morts, j’ai bien compris que plus jamais je ne les reverrai, que nos vies seront à jamais changées mais je me demande si je réalise vraiment ce que ça signifie.

Quand je vais au cimetière, je revois cette image des cercueils qui sont déposés, symbole de cette séparation définitive (la 1e vraie séparation le jour de l’accident a été tellement rapide et dans un état de choc que je n’ai pas réalisé). Et puis tous les jours, toutes les heures je vois sa photo sur mon portable, entouré de ses frères et soeurs (je suis d’ailleurs pour le moment incapable de prendre une photo de mes 3 enfants ensemble, je m’y refuse, il en manque un) . Je le regarde, parfois je lui fais un bisou à travers la vitre de mon portable, et le manque , le sentiment d’injustice refait surface. Alors, j’enferme celà, je me lance dans autre chose pour ne plus y penser, je veux oublier. Et d’un autre côté, j’ai besoin de parler de lui, de continuer de le faire exister.

Septembre se poursuit

Après cette rentrée difficile émotionnellement, la vie reprend son cours avec ses hauts et ses bas. Le temps passe, on dit qu’il aide à panser les plaies mais pour le moment, je dirai l’inverse. L’absence m’est plus difficile, voir la photo de mon fils m’est plus compliquée ces derniers jours. Depuis cet été, je n’avais plus rêvé ni de lui, ni de mon mari. Ça peut sembler bizarre mais ça me manquait et cette nuit, ce fut furtif mais j’ai pu le voir, lui parler, l’écouter dans mon rêve. Réveil perturbé mais ça m’a fait du bien. Ce matin, j’étais seule, je ne travaillais pas, j’ai pu lâcher les vannes une fois les enfants partis.

C’est fatiguant de passer d’une émotion à l’autre, d’un sentiment de grande tristesse à des moments plus heureux. J’ai enfin passé le cap de prendre un rendez vous de psy. Je sais qu’il faut maintenant que j’avance sur certains blocages, pouvoir discuter de certains sentiments, pouvoir un jour regarder leurs photos sans devoir ensuite enfermer cette tristesse dans une boîte de mon cerveau pour ne pas qu’elle m’envahisse.

Le temps s’écoule…vite et lentement à la fois. Bientôt 5 mois : ça me paraît irréel d’avoir déjà passé tous ces mois sans eux. Je remarque que quand je parle, je repense à des évènements, ma référence est la date de l’accident. Il y a l’avant et l’après. Et par certains côtés, je trouve que le temps passe trop lentement. J’ai ce besoin d’aller de l’avant et parfois j’aimerais être dans quelques mois en espérant que cette fois le temps me donnera un peu d’apaisement.

La rentrée

Aujourd’hui, c’est la rentrée…une rentrée si particulière. D’habitude, j’aime la rentrée. Même si je n’ai jamais envie de reprendre le rythme des levers matinaux, d’être dans le speed, j’aime ce jour où chacun découvre ses profs/maîtresse, ses copains, son emploi du temps…ce petit moment un peu à part dans cette année scolaire. Les autres années, je prend plaisir à la préparer, faire quelques courses…

Cette année, c’est si différent…j’ai délibérément tout fait au dernier moment voire rien fait. Juste quelques stylos et feuilles la veille (heureusement au lycée, pas besoin d’anticiper). Je redoutais ce moment car non, aujourd’hui tu ne feras pas ta 1e rentrée au collège. Je n’irai pas ce soir à la réunion de présentation de ce collège que je connais tant, je ne me réjouirais pas que tu sois avec tel copain ou avec tel prof. Tu ne seras pas là ce soir pour me raconter comme tu savais le faire ta journée. Tu étais celui qui me partageais le plus ton quotidien. Ton papa non plus ne fera pas sa rentrée, je ne pourrai pas râler sur son emploi du temps ou au dire qu’il a de la chance.

Certains jours sont plus simples que d’autres…. aujourd’hui, je ressens pleinement cette injustice. On ne devrait pas mourir si jeune, si brutalement. Et puis il y a ces déceptions par rapport à son entourage. Il y a ces quelques amis très proches qui sont là encore et toujours, qui osent écrire juste quelques mots pour dire qu’ils pensent à eux spécialement aujourd’hui…ces mots qui me font pleurer tout autant qu’ils me consolent. Il y a ceux qui doivent y penser mais qui n’osent pas me le dire. Je sais que ma famille fait partie de ceux là mais ça me fait mal ce silence. J’aimerais pouvoir partager ma peine. Et puis il y a ceux qui sont passés à autre chose, ceux pour qui la vie a repris le cours normal des choses…je ne peux pas leur en vouloir, j’aurais peut être fait partie de ceux là et pour eux, c’est vrai que la vie continue normalement et il le faut.

Ce midi, j’irai au cimetière…toute seule. J’ai besoin d’y aller seule pour pouvoir leur parler, passer un moment pour eux. Demain ça ira mieux, les larmes ne couleront plus ou moins. Demain, on essayera de reprendre une vie presque normale mais qui sera différente.

Aimer de nouveau

Ça peut paraître rapide, ça peut paraître indécent mais j’ai rapidement ressenti le besoin d’aimer et d’être aimé. Également eu ce besoin de pouvoir se projeter à long terme dans un avenir à deux.

Je ne suis pas sûre que j’avais bien réalisé toutes les contraintes en terme d’organisation mais j’ai rencontré quelqu’un. C’est assez déstabilisant comme situation. Jamais je n’aurais pas pensé revivre celà…je ne vais pas détailler ici, ce n’est pas le lieu. Mais c’est tellement ambivalent comme sentiment. Après 20 ans en couple avec le même homme, qui a été pratiquement le seul homme de ma vie, qui est et restera le père de mes 4 enfants, c’est perturbant de se retrouver avec un autre homme. Se balader main dans la main, s’embrasser, partager le même lit….j’ai l’impression de revenir en arrière et de revivre toutes ces premières fois. Accepter d’aimer et d’être aimé sans culpabiliser, sans savoir s’il aurait été d’accord. On avait déjà un peu abordé ce genre de discussion et je lui avais toujours dit que dans cette situation, j’aurais aimé qu’il vive sa vie…il m’avait dit que ça serait difficile pour lui mais il ne m’avait jamais demandé à ce que je lui reste « fidèle » même après sa mort. De toute façon, on nous le dit bien quand on se marie : jusqu’à ce que la mort vous sépare….il y a 18 ans, lors de notre mariage, je ne mesurais pas la signification de celà et je ne pensais surtout pas y être confrontée si tôt. Fidèle à sa mémoire, je le resterai. Je ne renierai jamais les 20 ans qu’on a partagé, les magnifiques choses que nous avons construites et partagées. Mais maintenant au quotidien, il n’est plus là et je ressens ce besoin de partager ma vie avec quelqu’un. Prendre son temps, on sera obligé car il est hors de question que les enfants soient au courant, c’est beaucoup trop tôt, il ne pourrait pas comprendre. Du coup au quotidien, c’est un peu compliqué, frustrant de vivre une relation cachée. Je me pose aussi beaux de questions : est ce que j’étais vraiment prête ? Est ce pour combler un vide ? Il est attentif, présent lors de mes coups de blues, patient, on parle et partage énormément, nos sentiments sont forts…on verra bien la suite. La patience n’est pas mon fort, j’aimerais me projeter avec une vie de couple au quotidien mais je dois apprendre à me modérer et c’est plus sain. Ce qui sera également difficile à appréhender, c’est le regard des autres : comprendront ils mon choix ?

Les vacances

J’ai pu m’octroyer 1 mois de vacances complet . Ça nous a fait du bien. Comme une parenthèse avec les enfants. On est parti dans notre maison de famille. Forcément, l’arrivée a été difficile…1e vacances la bas sans eux…tant de souvenirs. Retrouver les jouets qu’il avait laissés et qu’il aimait tant, se baigner sans lui alors que c’était un véritable poisson, les affaires de sport et de vélo de mon mari…les cousins, tout le monde est venus. Être entourés nous a été bénéfique, retrouver les rires sur le visage des enfants, les conversations passionnées, les fous rire….

Le retour à la maison a été un peu plus difficile, car cela signifie retrouver ce vide. Et puis, il faut avancer dans les démarches administratives, retrouver une organisation pratique avec un réaménagement des chambres et personne ne veut reprendre cette chambre qui était la sienne. Pour moi, se retrouver seule au quotidien n’est pas toujours facile même si avec les garçons qui sont grands, ça aide grandement.

Et maintenant

Après les obsèques, le retour à la vraie vie….surtout pour les autres. Pour nous, c’est plus difficile. C’est fatiguant de devoir toujours prendre sur soi, faire semblant, mais c’est également fatiguant d’accepter de passer des moments joyeux. Retourner au boulot, croiser les collègues, affronter leur regard,…au boulot aussi, il y a eu une grande vague de solidarité mais du coup ça a rendu difficile le retour. Au début, j’avais l’impression que quand on me regardait, on ne pensait qu’à ce que j’avais vécu. Se remettre dans le travail, penser à autre chose m’a été indispensable. De toute façon, quand quelque chose n’allait pas, m’occuper à 200% à toujours été mon remède.

A la maison, c’est plus difficile. On sent le vide à table, on n’ose plus monter dans la chambre qui était la sienne. J’ai rapidement fait le tri, donner, garder dans des cartons les souvenirs, afficher des dessins, des souvenirs. Plus les jours passent, et moins on en parle . J’ai du mal à savoir ce que ressentent les enfants. La petite s’exprime beaucoup, les garçons presque pas. Ils ne souhaitent pas non plus m’accompagner au cimetière. Je leur propose mais les laisse libre. Ils sont suivis tous les deux. Moi j’ai arrêté. Je pense qu’il faudra que je reprenne. Pour le moment, ma manière de résister, c’est d’enfermer tout ça dans un coin de mon cerveau quand ça ressort mais je sais qu’à un moment il faudra que je l’affronte. J’ai encore trop d’images qui me reviennent en tête. Quand je pense à mon fils, la 1e image qui me vient, c’est lui dans son sweat jaune qu’il avait le jour de l’accident, c’est lui dans mes bras quand je l’ai ramené auprès de son père. J’aimerais plutôt avoir une autre image en tête, celle de lui souriant, plein de vie.

Au début, il était difficile de se projeter. On vivait au jour le jour puis rapidement et ça a fait du bien, je me suis projetée dans les vacances à réorganiser, quelque sorties. Le long terme est beaucoup plus compliqué. Ça peut paraître surprenant mais j’ai eu besoin très rapidement de recommencer à vivre presque normalement, à sortir, voir mes amis, travailler. Curieusement, même conduire que je redoutais tant, j’ai pu le faire sans trop de problème. Par moment, je culpabilisais de vivre aussi joyeusement et naturellement malgré ce deuil. Et pourtant que faire d’autre ? J’ai beau m’occuper, vivre , je pense sans arrêt à eux et en particulier à mon fils. Un double deuil, c’est compliqué. Je culpabilise d’être plus triste par rapport au décès de mon fils, j’ai l’impression que la perte de mon mari passe au second plan…mais quand on est mère, perdre son enfant, c’est le plus cruel..

Tout le monde me dit que je suis forte, qu’il m’admire… Par certains côtés, ça me fait plaisir, j’ai toujours aimé ce côté femme « forte » mais ça m’enferme aussi. Je n’ose pas tirer la sonnette d’alarme quand ça va moins bien. Et de toute façon, beaucoup auraient réagi pareil. Tant qu’on n’y est pas confronté, on ne sait pas comment on ferait. Pour le moment, je tiens debout, je continue à avancer…mais pour combien de temps ? Je sais que le processus de deuil est long et semé d’embûches. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le plus dur à accepter, c’est que la vie ne sera plus jamais la même et que même si bien sûr on continuera notre chemin, on sera de nouveau heureux, il y a aura toujours ce manque, ce sentiment d’être incomplet, que quelques uns manquent à notre bonheur.

Les obsèques

Avec les rapatriements et formalités administratives, on a eu le temps pour les organiser. Plus de 2 semaines. Au début, ça me faisait pester mais au final, ce temps m’a fait du bien. Le choc a été brutal alors cette période m’a permis de réaliser, de prendre conscience de leur absence. Et puis cette période entre un décès et les obsèques est très particulière comme si le temps s’arrêtait. Il y a un avant et après obsèques, on le ressent beaucoup par rapport aux autres. Après les obsèques, chacun reprend sa vie…entre les deux, les gens osent moins.

Honnêtement, les célébrations étaient belles. On a fait 2 célébrations différentes car je ne souhaitais pas que les copains de classe, leurs parents, les élèves de mon mari viennent aux obsèques. Les deux fois, l’église était pleine. C’était triste et beau à la fois. Par moment, je me sentais portée…par quoi ? Je ne sais pas … Par eux ? Par tous nos amis qui pensent à nous ? je ne suis plus sûre depuis longtemps de croire en quelque chose, même si je me dis que ce serait plus facile. On ne voulait pas de discours, d’hommage à l’église mais j’ai tenu à en faire un. Ça me semblait si important. Je n’ai pas pu leur dire correctement au revoir, c’était un moyen de le faire.

Je reste encore surprise par la mobilisation de tous…famille et amis proches bien sûr mais aussi tous ces amis plus lointains, les collègues, les enseignants, les voisins. Notre drame en a touché beaucoup, une vraie vague de soutien s’est organisée…même si j’ai toujours été consciente que ce n’était que temporaire, ça m’a fait du bien dans cette période.

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