Arrivés à l’hôpital, on se fait ballotter, on est pris en charge, chouchouter, on nous met tous les 4 dans la même chambre mais comment trouver le sommeil, on revit la scène en boucle. Je veux dormir pour me réveiller et me dire que tout ça n’était qu’un cauchemar. Pendant plusieurs jours, à chaque réveil, je me disais que tout celà n’était pas réel.
Et puis, on est pris dans le tourbillon des formalités administratives, policières, on est loin de tout le monde, on ne comprend pas la langue, on attend avec hâte d’être rapatriés et de retrouver du réconfort auprès de notre famille. Je ne trouvais plus les mots pour consoler les enfants, je me sentais si seule et même si a priori je n’étais pas en tort, je me sentais responsable.
Je ne peux rien dire, on a été bien pris en charge par l’hôpital, par l’assurance, le consulat que ce soit le jour de l’accident ou les jours qui ont suivis. J’en ai même été étonnée. Cet accident est tragique mais malheureusement pas si rare. Au moindre appel au consulat, à l’annonce de mon nom, tout le monde connaissait la situation.
Quelqu’un de la famille est finalement venu nous rejoindre. Je n’étais pas forcément pour au début mais je reconnais que ça m’a fait du bien. Avoir un adulte pour m’épauler, une présence même si je n’avais pas envie de parler, c’était important. Et puis , les retrouvailles avec la famille ont été tristes mais réconfortantes. Beaucoup de larmes, d’embrassades, de promesses… je crois que ce moment restera graver aussi dans ma mémoire. Apres ces 48h de solitude, pouvoir partager son chagrin était important. Dès le lendemain, les enfants ont par moment retrouvé le sourire avec leurs cousins. Et puis, cela a traîné pour pouvoir rapatrier les corps, tout a été compliqué. Je pensais tellement pouvoir les revoir, mais c’est impossible en raison du transfert entre pays . On tenait absolument à ce que certains objets soient mis dans le cercueil, qu’on puisse choisir leur vetement. Il était inconcevable que mon fils soit enterré sans son doudou, doudou qui a d’ailleurs été éjecté avec lui mais la police a été le rechercher. Quelqu’un est donc reparti la bas afin de donner les quelques affaires à mettre dans les cercueils.
Tout se mélange dans ma tête : ce sentiment d’injustice. Pourquoi nous ? Pourquoi ainsi ? Pourquoi maintenant ? La brutalité de cet accident ne nous a pas permis de dire au revoir, de profiter de derniers instants. Et puis je culpabilise aussi par moment car le manque de mon fils me semble beaucoup plus cruel que celui de mon mari. Pour les garçons, c’est différent, le manque de leur papa est plus important. Mon mari me manque, il était si attentionné, si présent pour moi et les enfants, on avait la même vision de la vie. Mais la mort d’un enfant, ce n’est pas acceptable. Je ne saurai jamais ce qu’il serait devenu, quel adolescent puis quel homme il aurait été. Je n’aurai jamais de petits enfants de lui. C’était un petit garçon si affectueux : ses câlins et ses « je t’aime » me manquent.
Par moment, j’ai l’impression d’être dans le déni, de ne pas réaliser que plus jamais je ne les reverrai. Je culpabilise aussi parfois quand ça va bien, même si je sais qu’ils auraient aimé qu’on continue de vivre , de s’amuser. Nous avions toujours voulu cette famille nombreuse et passer de 6 à 4, ça fait un tel vide.