Un beau rêve

La semaine dernière, j’ai rêvé de mon fils. Ça faisait si longtemps. Il était là et même si j’étais consciente qu’il était mort, je pouvais le serrer dans les bras, l’embrasser et surtout entendre sa voix. Celà peut paraître bizarre mais ça m’a fait tellement de bien. Le temps d’un rêve, j’étais avec lui. Il est sûr que c’est un peu frustrant au réveil mais à défaut de pouvoir être de nouveau réunis dans la vraie vie, je profite de lui dans mon sommeil. Hâte que ça se reproduise.

Peur de les laisser

Depuis que je suis seule avec mes enfants, l’angoisse qu’il m’arrive quelque chose est encore plus présente.

J’ai toujours eu peur de la mort, peut-être encore plus de vieillir. J’aimais la vie, j’avais la chance malgré quelques galères d’avoir plutôt une belle vie et je voulais en profiter le plus longtemps possible. Du coup, l’angoisse d’être malade ou d’avoir un accident me revenait souvent. Mon rapport à la vie et à la mort a changé. Même si j’ai toujours peur de mourir, par moment, je me dis que ça me soulagerait peut être et que même si je ne sais pas si je crois à une certaine forme de vie après la mort, je me dis que je retrouverai peut-être mon fils et mon mari alors ça m’apaise. Mais d’un autre côté, j’ai terriblement peur de laisser mes enfants. Ils ont déjà vécu le deuil de leur père, ils doivent apprendre à continuer à se construire sans lui et particulièrement ma fille qui est encore petite. Ce serait terrible qu’ils vivent cela une deuxième fois, devrai je même dire une troisième fois car leur deuil de leur frère ne doit pas non plus être simple. Et même si je sais que j’ai de la famille et que mes enfants ne se retrouveraient pas seuls, ils ont besoin de moi. J’aimerais croire que nos deux étoiles veillent sur nous mais je sais que malheureusement le destin peut être parfois cruel et que les drames peuvent frapper plusieurs fois à la même porte

Il faudrait peut-être que je reprenne un peu de sophrologie ou de médecine douce pour apaiser ces angoisses car par moment c’est envahissant : dans ces moments là, je me sens préoccupée, je perds des heures sur internet à me documenter, je me fatigue à traquer le moindre de mes symptômes, je suis plus triste, détachée de la vie quotidienne.

Nouvelle phase de deuil

Je ne sais pas si c’est une nouvelle phase de deuil, si je fais machine arrière mais j’ai l’impression de replonger dans une espèce de phase de déni. Depuis plusieurs semaines, j’ai l’impression de me détacher d’eux. Oui, je pense à eux tous les jours, oui encore plus qu’avant j’aimerais revenir en arrière, oui je me rends compte trop tard de l’immense chance que j’avais de les avoir à mes côtés, et pourtant ces dernières semaines j’ai l’impression de mettre une barrière entre eux et moi. C’est à peine si le soir, j’ai une pensée pour eux en me couchant. Je dors toujours avec le chien en peluche de mon fils, mais je ne prends plus le temps de leur parler, de regarder les photos. Et je culpabilise du coup… je pense que j’essaye de mettre une protection pour ne pas plonger.

Aujourd’hui, en allant au cimetière avec ma fille, elle me pose des questions. Elle me demande s’il y a d’autres vies après la mort. Question difficile…j’ai écouté différents podcasts à ce sujet, je suis dubitative. Ensuite, elle me demande si leur corps continuent de grandir. Je lui explique que non, qu’ils garderont pour toujours le même âge et leur corps…je n’ai pas voulu l’angoisser en lui disant que les corps se réduisaient en poussières. Et puis elle m’a demandé si on pouvait rouvrir les tombes. Je lui ai dit que non, seulement pour mettre qqn d’autre qd il serait mort. Alors elle voulait savoir si toute la famille doit forcément être dans la même tombe, je lui expliquais que ça dépendait du moment où on mourrait, de la famille…et sans réfléchir, j’ai ajouté que quand je serai morte, je serai enterrée avec eux… Peut être trop angoissant pour une petite puce de 6 ans. Elle s’est blottie contre moi et m’a dit ne vouloir jamais être séparée de moi. Heureusement, elle a vite retrouvé son sourire et est passée à autre chose. Moi ça m’a rappelé une phrase de son frère quand il avait peut-être 8 ans où il me disait en me faisant un câlin qu’il voudrait habiter avec nous pour toujours et ne jamais nous quitter… et pourtant malgré lui quelques années plus tard il m’a quitté mais sera pour toujours avec son père.

29 avril

J’écris cet article avec beaucoup de retard mais je n’ai pas pris le temps, pas le courage ou pas l’envie. La semaine qui a précédé cet anniversaire a été difficile. Finalement, le jour même s’est géré plutôt bien, on était en famille. Étant en vacances, on a juste cueilli quelques fleurs qu’on a déposé auprès d’un arbre dans le jardin avec une étiquette. Je n’avais pas envie de faire une commémoration ou quelques événements…autant je trouve que c’est important de continuer à « fêter » leur anniversaire, autant on ne fête pas un évènement douloureux.

J’ai du mal à poser un regard sur l’année qui s’est écoulée. Elle est passée à la fois vite et en même temps ça me semble hier. On a continué d’avancer avec ses hauts et ses bas, trouver une organisation, un rythme. Les amis ont su être présents par moment, un peu trop absents à d’autres moments à mon goût. J’ai des moments de manque intense, de découragement et des moments où j’ai le sentiment de les « oublier », c’est très culpabilisant même si certainement nécessaire pour survivre

Comment ai je traversé cette année : bien ? mal ? Je ne sais même pas. J’ai du mal à avoir un regard réaliste , je continue car je n’ai pas le choix, j’essaye de ne pas trop penser à ce que ma vie, notre vie aurait dû être. J’essaye de ne pas chercher à comprendre pourquoi cet accident est arrivé ? Est ce qu’on aurait pu l’éviter ? Il a eu lieu, notre vie est bouleversée à jamais, il faut l’accepter.

Un anniversaire si particulier

Jamais je n’aurais pensé un jour te souhaiter ton anniversaire de cette façon. Je me souviens si bien de cette journée il y a 12 ans, celle de ta naissance express, ce moment où la sage femme m’a dit qu’en naissant dans ta poche des eaux, cela portait bonheur….j’aurais tant aimé qu’elle ait raison.

Il y a 1 an, comme chaque année, on avait organisé ton anniversaire avec tes copains…le dernier avant le passage au collège. Je savais que ce serait le dernier avec tes copains mais je ne pensais pas que ce serait le dernier tout court. Je me rappelle de tes yeux qui pétillaient car ton amoureuse était venue. C’était mignon de te savoir si attaché à elle.

Cette journée s’annonce difficile. J’aimerais tant te serrer dans mes bras, t’entendre rigoler ou me dire que tu m’aimes, te voir souffler tes bougies. A la place, on fera s’envoler une lanterne chinoise avec des messages pour toi. Je t’aime pour toujours mon bébé, joyeux anniversaire.

Le jean…anodin mais étape symbolique

Aujourd’hui, je me suis décidé à remettre LE jean. Ne me demandez pas pourquoi aujourd’hui. Cela faisait bientôt 11 mois qu’il était rangé au fond du placard, je n’arrivais pas à le remettre. Il a été bien lavé, seule moi peut distinguer cette couleur un peu différente sur la cuisse…je m’en souviens encore bien, ma jambe pour compresser un peu cette plaie qui saignait pendant que je tentais de les réanimer.

Ça peut paraître un anodin mais en soi, c’est une étape dans ce long chemin d’acceptation.

En revanche, je crois que je ne pourrai pas remettre le pull. Je le garde comme un souvenir qui me raccroche à eux, ce pull contre lequel j’ai serré une dernière fois mon fils dans les bras.

9 mois

Les mois passent, les hauts et les bas de succèdent. Après cette période de Noël, difficile à gérer, je suis retombée dans une sorte de phase de déni. Je me suis investie dans mes projets professionnels, dans mon histoire amoureuse, en occultant le reste, j’allais presque dire en ne pensant pas à eux. C’est faux car pas un jour ne passe sans que je ne pense à eux mais une sorte de détachement comme si j’en avais assez de cette situation, plus la force de penser à eux.

J’en veux un peu à mon entourage d’être moins présent. Je ne leur dis rien mais j’ai cette petite rancoeur. Je ne peux pas dire, mes amis sont là mais j’aimerais parfois une présence différente, pas juste pour passer un bon moment mais pour prendre de mes nouvelles réellement, parler d’eux et surtout me propose de l’aide pratique sans que je n’ai à réclamer car je ne réclamerai pas . Et c’est surtout ma famille qui me déçoit. …

Et puis j’aimerais des signes d’eux…plus rien depuis des mois. J’aimerais croire qu’ils sont présents à leur façon, j’aimerais partager un moment avec eux dans mes rêves, mais rien, c’est frustrant.

1e Noël sans vous

Cela fait des semaines que je redoutais ce moment. Au début, j’avais pris le parti d’ignorer ces fêtes en repoussant le moment où il faudrait les préparer. Et puis les jours passant il a fallu s’y atteler. Plus l’échéance se rapprochait, plus l’angoisse montait. On a essayé de faire les choses en parallèle. On avait l’habitude d’installer une couronne de l’avent et d’allumer une bougie chaque dimanche. Du coup, chaque dimanche matin, on allait au cimetière en famille allumer la bougie et le soir on le faisait à la maison. Quand on a installé le sapin , on en a également mis un petit la bas ainsi que quelques décorations. Le 24, la tristesse a été plus difficile à gérer. J’ai l’impression que les enfants n’ont rien vu…les larmes me venaient pourtant si facilement. Difficile de se réjouir et de s’émerveiller à l’ouverture des cadeaux quand on sait qu’ils ne sont plus avec nous . Le 25, j’ai craqué…pas longtemps mais il le fallait. Comme d’habitude, à part un neveu et une nièce, les autres ont gardé leur distance. Ca me déçoit mais je crois que pour certains, ils n’ont pas la force d’affronter ma tristesse. Je pensais qu’une fois Noël passé ça irait mieux mais je crois que ça a ouvert une faille, rappeler ce manque et cette injustice. J’essaye de remonter, il n’y a pas le choix même si par moment j’aimerais arrêter cette souffrance.

Psy, ICV, vie après la mort…

J’avais décidé de reprendre/démarrer un suivi psy car je sentais qu’il fallait que le fasse.

Depuis l’accident, j’essaye de fuir un peu mes sentiments par rapport à cet accident et leurs morts. Dès que je sens l’émotion et la tristesse m’envahir, j’essaye d’enfermer cela dans une case au fond de mon cerveau pour ne pas me faire dépasser par tout ça. Et puis entre la Toussaint et le rapport de police avec ces détails morbides qui m’ont fait ressortir ce que j’ai vu et vécu cette nuit là , j’ai compris qu’il fallait que je me décide à affronter cela, que je rentrais dans une nouvelle phase de deuil.

J’ai commencé avec une psy plutôt orientée TCC mais je n’ai pas accroché. Puis j’ai changé et cette nouvelle psy, à la place de l’EMDR auquel je pensais, m’a proposé une autre technique assez proche (ICV). Moi qui suis assez cartésienne, ce n’est pas toujours évident de croire en cela mais ce sont des techniques beaucoup utilisé pour les victimes d’attentat ou de guerre donc il faut y croire. J’ai fait une séance. Cela a consisté à lui raconter l’accident assez en détail puis à choisir des souvenirs juste avant et 1ou 2 par mois durant les 6 derniers mois. Puis à travers des mots, elle me re-enumere l’avant accident, l’accident et la vie depuis. On fait ça en boucle, peut être une dizaine de fois et au fur et à mesure le cerveau traite les informations et les émotions. Comme elle m’a dit ce n’est pas une thérapie pour avancer le deuil mais pour dépasser les traumatismes vécus. On verra la suite mais j’ai un sentiment plus apaisé…je ne sais pas si c’est en lien avec la séance.

Sinon, je me pose beaucoup de question actuellement sur « l’après la mort ». J’ai grandi dans une éducation catho…j’ai longtemps cru à une sorte de vie après la mort, de toute façon il me paraissait impensable de croire que c’était le néant après. Et puis progressivement les évènements de la vie ont fait que ma foi et ces croyances se sont envolées et c’est à ce moment là d’ailleurs que mes angoisses au sujet de la vieillesse et de la mort sont revenus. Depuis la mort de mon fils et de mon mari, je me pose beaucoup de question. J’oscille entre « il n’y aura plus rien » et « il y a qqchose, on se retrouvera, ils sont encore presents avec nous ». Christophe Fauré (psychiatre réputé qui travaille en soin palliatif) a écrit tout un livre là dessus, je ne l’ai pas lu mais écouté certains podcast…

Parfois j’aimerais être convaincue qu’ils sont parmi nous à leur façon…j’ai tout de même fait des rêves particuliers au début (plus du tout maintenant), il s’est passé quelques manifestations bizarres, j’aimerais avoir des signes plus clairs et en même temps, je me dis que toutes ces personnes qui vivent ces signes, c’est parce qu’ils s’auto-convaincent. Même si tout ça ne remplacera jamais leur présence physique. Je me prends régulièrement quand je passe devant le college où il aurait dû être à regarder les collégiens et à me dire qu’il devrait être parmi eux, à l’imaginer dans cette vie de collégien dont on parlait régulièrement.

6 mois

Ca me parait si loin et si près à la fois. Le temps me semble parfois long, j’ai l’impression de ne pas avoir pu les serrer dans mes bras depuis une éternité et en même temps je me rappelle de cette nuit comme si c’était hier. Depuis plusieurs mois, je ne rêve plus d’eux. Ça m’est arrivée seulement 2 ou 3 fois. Le soir, quand je me couche, je demande à mon fils de venir dans mon sommeil, j’ai besoin de le voir, de le prendre dans les bras …mais rien depuis trop longtemps.

Le temps s’égrène inexorablement, avec cette envie de reprendre une vie la plus normale possible, un envie d’oublier tout autant que le besoin d’en parler pour ne pas les oublier. Je voudrais pouvoir mettre de côté ce manque, cette douleur qui part et revient sans prévenir. Je voudrais pouvoir revenir en arrière et changer le cours de nos vies. Je voudrais pouvoir refaire des projets sans avoir ce pincement au coeur. J’ai repris un suivi psy, je ne suis pas totalement convaincue, je retente une ou deux séances et en fonction j’en essayerai peut être une autre.

Nous rentrons dans une période difficile à gérer émotionnellement : les 6 mois, la Toussaint , les fêtes de Noël puis son anniversaire….le 1er qu’on ne pourra plus lui fêter. J’angoisse par avance pour toutes ces étapes. La fatigue me gagne par moment, de plus en plus souvent. C’est usant de faire semblant que la vie suit son cours, de le vouloir sincèrement car il n’y a pas le choix de faire autrement mais d’être rattrapée par ce manque, ce sentiment d’injustice. Se laisser du temps, accepter ces moments de tristesse, accepter ces moments de joie sans culpabiliser. Le chemin sera encore long.

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer