Le jour où tout bascule

Nous passions de belles vacances en famille : juste tous les 6, à la découverte de jolies villes d’Europe. Des vacances speeds mais sereines , sans dispute, du partage. Les vacances juste nous 6, c’était finalement plutôt rares, je les avais préparé plutôt minutieusement et on avait laissé libre le trajet du retour pour faire ce qui nous plaisait. En ce dernier jour de vacances, on commence à réfléchir aux prochaines destinations car ce format de vacances nous a bien plu. On était sur la route pour rejoindre la famille dans notre maison de vacances. On devait s’arrêter juste après la frontière pour dormir. Et puis, cette fermeture d’autoroute, cette autoroute de contournement à trouver, on galère et on en rigole. Au final, même s’il est tard, on n’est pas pressé…et soudain, sans comprendre d’où cela vient le choc. Le bruit, la voiture qui part dans tous les sens qui se retourne, nos cris. La voiture s’immobilise, j’entends des gens appeler les secours et surtout la phrase de mon fils « T. n’est plus dans la voiture ». Je comprends tout de suite le drame qui est en train de se jouer. Mon mari sort, je sors, je vais mettre les 3 enfants qui étaient juste derrière nous à l’abri et puis je retourne à la voiture chercher mon fils. Je retourne tout. Et puis, tout se brouille un peu dans ma tête. J’entends le cri de quelqu’un et je vois cet homme auprès du corps de mon mari qui venait de se faire faucher par une autre voiture. Je viens l’aider à le mettre en sécurité. Je pars à la recherche de mon fils. Je le vois étendu quelques mètres plus loin, la capuche de son sweat sur la tête. Je l’enlève et je comprends de suite qu’il est mort. Cette image me hante encore. Je le porte dans mes bras pour l’allonger près de son père. Puis je tente de réanimer mon mari, il respire encore. Il ne parle plus, émet quelques sons. Je lui parle, je lui crie que je l’aime et qu’on a besoin de lui. Il met sa main sur la mienne. Les secours arrivent mais au bout de quelques minutes, on me dit que c’est fini. Tout va trop vite, on nous emmène dans l’ambulance, on ne prend même pas le temps de leur dire au revoir, de les serrer une dernière fois dans nos bras. On est perdu. Je serre fort mes enfants dans les bras, je leur dis qu’on va s’en sortir. On n’a pas conscience que jamais on ne les reverra. Je ne me suis pas vraiment posée la question de savoir s’ils seraient emmenés dans le même hôpital que nous, de toute façon ne parlant pas la langue, ça aurait été difficile de comprendre. C’est vraiment un regret de ne pas avoir pris le temps de leur dire au revoir correctement.

Je ne peux m’empêcher de culpabiliser, de me dire qu’on aurait pu se poser à l’hôtel plutôt que de vouloir rejoindre la frontière, et puis si l’autoroute initiale n’avait pas été fermée et si on était partis 3 minutes avant ou après….. Impossible de ne pas refaire l’histoire. Et puis des questions : pourquoi malgré la ceinture de sécurité, il a été éjecté de la voiture. Je ne suis pas sûre un jour d’avoir la réponse. Autant l’enquête pourra expliquer ce qui s’est passé et révélera que c’est à priori une inattention de la voiture de derrière qui a mal évalué la distance en nous doublant, autant je pense que je n’aurai jamais l’explication de pourquoi la ceinture ne l’a pas protégé.

C’est curieux car d’un côté, j’aimerais que certaines images s’effacent de mon cerveau, ne pas revivre certaines scènes,réussir à avoir une belle image de mon fils quand je pense à lui et pas l’image de sa mort . Mais d’un autre côté, j’ai ressenti le besoin d’écrire ce que nous avons vécu par peur d’oublier certains détails.

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